Le Noël 1888 des Alsaciens-Lorrains de Paris vu par Gustave Stoskopf

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Noël approchant, nous vous proposons de retourner en 1888 au travers du courrier qu’écrivit Gustave Stoskopf. Artiste-peintre, dramaturge et homme de presse originaire de Brumath (page Wikipedia) il était alors étudiant à Paris et fréquentait notre association.

Nous remercions Nicolas Stoskopf pour la mise à disposition. Vous pouvez également retrouver toute sa correspondance de cette epoque dans Gustave Stoskopf, un étudiant alsacien à Paris, 1887-1894, 2019, Éditions du Signe. Extrait proposé issu des pages 181-183.

Cher maman,
Je vous avais promis dans la dernière lettre la description de la fête de Noël des Alsaciens-Lorrains, qui se faisait à l’Hippodrome, le plus grand cirque de Paris1. Cette fête m’a fait beaucoup d’impression et je crois qu’il n’y a pas un Alsacien qui, en voyant ça, resterait indifférent. On voit beaucoup de monde verser des larmes au moment où la Garde nationale entonne la Marseillaise et les enfants d’origine alsacienne traversent la salle dans le costume de leur pays. À côté de chacune de ces petites filles, marchent des soldats français de toutes armes. Quand cette défilée [ce défilé] est finie, l’arrivée des enfants pauvres de parents alsaciens vient : on leur donne des habits, des jouets, des bonbons, etc. Enfin ces pauvres malheureux ont aussi un plaisir à Noël. La défilée dure plus de trois heures et plus de 6 000 reçoivent des effets par les mains des dames du comité. La salle est remplie de monde (on compte plus de 10 000), elle est bien décorée et, au milieu, on voit deux grands sapins qu’on envoie tous les ans de l’Alsace pour donner un charme tout à part* à la fête. Plusieurs sociétés alsaciennes de Paris sont présentes et chantent bien fort de la musique. M. Auguez2, de l’Opéra, chante Dis-moi, quel est ton pays, est-ce la France ou l’Allemagne ?3  et se fait applaudir de la salle entière à chaque couplet. C’est principalement la Société de gymnastique des Alsaciens-Lorrains qui ont le plus de succès avec leur exercice incomparable. À la fin de la fête, le Hanstrapp* et le Christkindl* ont traversé la salle, traînés par les membres de la société de gymnastique. La chute traditionnelle du Hanstrapp a beaucoup fait rire les enfants.
Sengel4 et moi, nous étions très bien placés. En face de nous, nous avons vu Ferry, Méline et d’autres célébrités. Nous avons quitté la salle enchantés de ce que nous venions de voir, car ça ne sont pas seulement les Alsaciens qui participent à la fête, mais tout aussi bien les Français, et tous les grands commerçants ont fait des dons pour cette fête.

À la fin de la fête, on voyait beaucoup de monde qui allaient chercher des branches des arbres de Noël pour avoir un souvenir du pays chéri dans lequel ils ne peuvent plus retourner. Si les Allemands croient qu’avec leur dureté et leur sévérité, ils peuvent effacer chez les Alsaciens le souvenir d’une nation qui les comble de bienfaits, ils doivent se tromper joliment car avec une goutte de miel, on attrape plus de mouches qu’avec un tonneau de vinaigre.

  1.  Cette salle de spectacle, qui se trouvait à côté du pont de l’Alma, a été exploitée de 1877 à 1892.
  2. Numa Auguez (1847-1903), baryton, professeur au Conservatoire.
  3. Chanson d’Erckmann-Chatrian, mise en musique par Valentin-Adolphe Sellenick, créée en 1883.
  4. Charles Sengel, futur maire de Colmar de 1922 à 1927.
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